Vrai nom : Elie Yaffa
Date de naissance : jeudi 09 déc 1976
nom de scene : booba
surnom : kopp ; boobs ; b2O
groupe : 92 izi ( mala , brams )
industrie : tallac record
magazin : boulbi&co
marque : unkut et bijoux TONY BLINGS
Nous sommes en 1996, c'est "Le crime paie" sur la compilation Hostile, sorte de manifeste
du rap de rue, en tout cas un vivier auquel une grande partie du rap français n'en finira pas d'immensément
puiser. Booba dont les promiscuités successives avec les plus importantes formations du rap français, La
Cliqua, X-men du temps de Time Bomb, le Beat de Boul, ne sont certainement pas dues au hasard, depuis
ses premières compositions avec son groupe Lunatic, et avant même "Le crime paie" ou le titre "Les vrais
savent" sur la compilation L432, a toujours étonnamment su faire se rejoindre la brutalité sèche du constat et
un registre plus sophistiqué : une savante élaboration rythmique dans son écriture, une manière de procéder
par images que même ses détracteurs ne lui enlèveraient pas. Sans jamais verser dans aucun catéchisme
quel qu'il soit, assumant un matérialisme en passe de devenir le mot d'ordre de notre société, renonçant à
toute morale, Booba avance à visage découvert jusqu'à son premier album solo Temps mort en 2002, où
l'espace qu'il s'est créé lui permet d'exprimer sans entrave ni inhibition l'extrême particularité de ses visions.
Aussi étrange que cela paraisse ce sont bien des visions qui portées par la musique et un flow rauque sinon
rocailleux touchent d'autant plus leur but, et ce n'est certes pas l'auteur lui-même qui nous contredira, lui qui dit
écrire dans une espèce de flou, de flash.
Des exemples ? Qui aurait songé à voir dans le matérialisme la perspective de laisser tout en pourboire au
croquemort, dans une insomnie un marchand de sable sniffant de la coke ? Pour traduire la violence de cette
époque, s'imaginer un f½tus avec un calibre, ou, exposant sa difficulté à trouver le sommeil concevoir le geste
de verser sa peine et son insomnie dans la feuille à rouler ?
Tel est bien Booba, lui qui se veut la tornade de Boulogne, un créateur d'images mystérieuses qui s'incrustent
en nous, s'incisent, collant à nos rétines, un auteur dont la force première est d'abord de nous parler plus que
de lui : à partir de lui (ce dans un mouvement, le rap français, où l'expression communautaire l'emporte
généralement sur le point de vue individuel).
Pour preuve, avec l'album Panthéon, Booba installé en solo innove avec la création d'un territoire
fantasmatique "Tallac", comme si la singularité de sa langue nécessitait parallèlement un lieu qui lui fût propre.
Après avoir enchaîné en indépendant rien moins que deux disques d'or, Mauvais ½il avec Lunatic et Temps
mort son premier solo, un single "Destinée" lui assure enfin des passages radio et un titre sur la bande
originale de Taxi 3 renforce sa notoriété. La notoriété ? Disons le v½u de la société d'enfouir et masquer la
singularité de l'individu derrière une série d'ennuis divers avec la justice de Booba à la une alors que le silence
est de mise lorsqu'il s'agit de sa musique dans les médias.
On comprend son désir d'exil à "Tallac" et quoique le rappeur demeure un ardent représentant des Hauts-de-
Seine, quoique ni sa mélancolie spécifique ni sa sombre brutalité dans l'exposition des faits n'aient été
altérées sur ce nouvel album, nous retrouvons ce sentiment clair de triomphe qui leur fait opposition et
contribue à la force des disques de Booba. On n'intitule pas pour rien son disque Panthéon. Comme Jean
Genet, Booba aurait pu dire : "ma victoire est verbale".